Encore une fois, la jeune fille scruta de ses yeux clairs l'obscurité qui l'entourait. Cette noirceur quotidienne qu'elle avait toujours cotoyée était encore plus sombre qu'à l'habitude ; il devait faire nuit à l'extérieur. Elle aurait aimé connaître la beauté de la lune et des étoiles, mais elle ne devait pas quitter la pièce, Ils la puniraient. Elle leva lentement une main devant elle et avanca jusqu'à sentir le bois tiède et humide sous ses doigts. Tant de fois, elle avait imaginer pousser cette porte et explorer la si jolie ville d'Odile... Malheureusement, c'était interdit. Un jour elle pourrait, lui avait-on promis. C'était pour cette raison qu'elle devait rester sage et obéissante. Elle colla son oreille contre la porte et écouta chaque sonorité qui parvenait à traverser l'épaisseur de bois. Ces sons étaient sa seule distraction, elle s'en délecterait encore pendant des heures. Un léger tapotement s'éleva : des bruits de pas. Ils sonnaient de plus en plus clairement, il s'approchait.
La poignée de la porte tourna et la jeune fille bondit vers l'arrière, se recroquevillant dans un coin de la pièce. L'homme lui faisait de plus en plus peur. Il était méchant, il lui faisait du mal. Mais elle se laissait faire, indéfiniment. Elle ne devait pas désobéir !
Comme toujours, son visage était couvert par la capuche de son long manteau noir. Il secoua la main et un jeune serviteur apporta une bougie. La jeune fille distingua qu'il portait un petit paquet rond et ce demanda quelle torture elle pourrait encore subir... Doucement, le visiteur souleva le papier qui protégeait l'objet qu'il avait amené. C'était une fine plaque grise qui semblait réfléchir ce qu'on mettait devant. L'homme claqua des doigts et une chaise lui fut apportée. Il s'assit sans dire un mot et observa sa prisonnière. Il toussota un instant puis déclara de sa voix grave :
« Tu vois ceci ? C'est un miroir. Il permet de voir notre propre image, comme les autres la voient. J'ai pensé qu'il pourrait t'être utile de connaître ton apparence, de visualiser ton visage. Car c'est ce qu'il ya de plus précieux chez toi, ta beauté. C'est la clef de tout. Mais avant je dois m'assurer que tu es prête. Alors approche et regarde moi dans les yeux ! »
Elle hésita puis s'exécuta, terrorisée en imaginant la terrible figure de cet homme. Elle était persuadée qu'à l'instant où leurs regards se croiseraient, elle se tordrait de douleur, à en mourir cette fois.
Vengeance ...
Elle se tenait devant lui, fixant désespérément ses pieds nus. Il lui saisi délicatement le menton et leva son visage vers le sien. Il semblait plutôt jeune et était d'une beauté éblouissante, mais encore plus terrifiant qu'elle ne l'avait pensé. Elle vit ses yeux brûler d'un désir malsain, celui de la mort, et il la gratifia son sourire pervers, rêvant de la douleur qu'il pouvait lui infliger à chaque instant. Elle étouffa un gémissement.
« Tu es bien innocente, qu'as-tu donc vu de si bouleversant ? Regarde-moi encore. Je te fais peur ? Tu ne dois pas me craindre... Alors que vois-tu ?
- Le pouvoir, Maître.
- Quoi d'autre ?
- La solitude, la mort. Et l'image que vous vous faîtes de la vengeance, Maître.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Il me l'a soufflé ».
A ces mots, l'homme prit le miroir et le tendit à la jeune fille, lui conseillant de s'observer rapidement, de prendre connaissance de chacun des traits de son visage. Conseil qu'elle suivit en découvrant l'ovale fin de son visage, élégamment encadré par les boucles légères de sa chevelure brune cascadant jusqu'à ses épaules. Son charmant petit nez discrètement pointu lui donnait un air curieux. Ses pommettes étaient hautes et délicates, aussi roses que ses joues. Mais ce qui était le plus marquant, c'était son regard. Ses grands yeux verts pétillaient d'intelligence et de sérieux, mais la maturité qui en transpirait semblait irréelle tant elle était profonde. Elle reposa le miroir à contre-coeur, elle devait garder à jamais ces images en tête.
Bien...